oikonomia [οἰκονομία]  [grec]

fr. économie

→  image (Bild, eidôlon), mimêsis, svet

Le terme d' est un concept nodal dans la pensée chrétienne de l'image ( ). Pour le comprendre, il faut analyser son histoire sémantique durant les neuf siècles qui préparent son triomphe. Héritier de l'oikonomia classique ( ), il est choisi par dans ses épîtres pour désigner la totalité du plan de l'incarnation. Son apparente polysémie est à l'origine de la disparate des traductions. C'est ainsi que fut voilée l'unité profonde d'un concept régulateur, légitimant toute relation du monde spirituel avec le monde temporel. Destinée à justifier les adaptations de la loi à la réalité quotidienne et historique, l'économie patristique soutient toutes les modalités de la gestion et de l'administration du monde visible. La doctrine de l'image en a scellé l'unité pragmatique avec une étonnante modernité.

I. De et jusqu'à

A. Les épîtres de

La littérature patristique doit l'introduction de l' aux épîtres de chez qui l'on trouve pour désigner l'économie du Plérôme, ou divinité prise dans la plénitude de sa perfection (Éphésiens, 1,10), l'économie de la (3,2), l'économie du mystère (3,9). Dans l'épître aux Colossiens (1,25), Paul parle de l'économie de (oikonomia theou). Dans les traductions modernes, le mot n'est jamais traduit littéralement, mais on lit tantôt « accomplissement », tantôt « plan », « dessein » ou encore « réalisation » (TOB/Jérusalem). Celui qui a la charge de cet accomplissement est ou traduit par « intendant » ou « ministre », la Vulgate ayant opté pour Il s'agit pour Paul d'emprunter à la langue grecque un terme qui jusque là désigne la gestion et l'administration des biens et des services dans la vie domestique et, par importation du modèle d'économie privée à l'économie publique, dans la vie de la cité. Tel est en effet le sens dans lequel l'emploient aussi bien Xénophon qu'Aristote.

B. L' idéale de

Avant eux dans Les Travaux et les Jours traite de l'économie familiale de façon plutôt poétique. dans la République (IV et VII) et dans les Lois (IV et VIII) s'intéresse à l' pour construire philosophiquement une figure de l'administration des biens dans la cité idéale. L'économie platonicienne est la science de la gestion des biens et des personnes dans un état dirigé par un sage doué de tempérance ( ) et de justice ( ). L'accès à ces vertus politiques cardinales passe par l'éducation et nécessite l'exercice de la conçue comme art du dialogue qui conduit au savoir. La faculté légiférante n'est autre que le c'est-à-dire la rationalité discursive.

C. La pratique de l'«   » chez et

Tout différent est l'objet de et d' qui, l'un et l'autre, loin du terrain littéraire ou utopique, traitent de problèmes pratiques liés à la réalité quotidienne de la famille et de la cité. De ce fait, chez l'un et l'autre devient une notion critique en ce sens qu'elle détermine le lieu d'une confrontation entre le réalisme politique et la

a. et administration du ménage

dans l'Économique analyse tous les éléments de la gestion des richesses et des biens dans un cadre familial agricole.

« Socrate : Dis-moi, Kritoboulos, est-ce que l'économie [oikonomia] est bien le nom d'un certain genre de science [epistêmês], comme la médecine, l'art de forger ou celui du charpentier […]. Donc pourrions-nous dire ce qu'est l'affaire [ergon] de l'économie [autês sc. tês oikonomias].
Kritoboulos : Il me semble que c'est le fait d'un bon économe [oikonomou] de bien administrer sa maison.
Socrate : Et la maison d'un autre, si on la lui confiait, ne pourrait-il pas l'administrer comme la sienne propre ? En effet, le charpentier compétent [epistamenos] pourrait travailler pour un autre comme pour lui-même. Ainsi celui qui s'y connaît en économie [oikonomikos] aura la même capacité. […] Donc celui qui connaît cet art [tên tautên tekhnên epistamenôi], même dépourvu de biens propres, peut toucher un salaire en administrant la maison d'un autre [oikonomounta] comme il ferait en la bâtissant [oikodomounta] » (Xénophon, Économique, I, 1-4).

L'économique est donc celui qui maîtrise l'art de l'économie, c'est-à-dire l'art d'administrer une maison et un patrimoine. Xénophon fait donc la distinction entre « économe » et « économique » : le premier gère bien ou mal son patrimoine, l'autre possède la science de l'économie et peut la pratiquer comme un métier. « L'administrateur du ménage peut être soit bon soit mauvais dans sa gestion. Mais l'oikonomikos, c'est-à-dire celui qui possède l'art d'administrer son ménage, est de ce fait même un bon gestionnaire » (L. Strauss, Xenophon's Socratic Discourse, p. 87). Le concept chez Xénophon, dans le débat entre Socrate et Kritoboulos, est bien habité par la tension inévitable entre le calcul d'optimisation et les exigences éthiques, un art du gain sans guerre, articulé à une conception providentielle de la nature. Dans la suite de la discussion, Socrate traite davantage de la gestion des richesses et des justes mesures à prendre pour assurer la prospérité des ménages et de la cité.

b. et politique

Dans l'Économique [Oikonomikos] d' les choses se précisent. Ni providence, ni utopie, mais une considération circonstancielle des pratiques effectives et de leurs résultats. Dans le domaine privé, Aristote reste assez proche de mais lorsqu'il passe au domaine public, le souci économique est inséparable du souci politique. L'« économique » ne désigne plus un homme mais un mode de relations rationalisées du réel, qui est plus proche du jugement de probabilité (dialectique) que de la préoccupation métaphysique. La fonction du jugement est confiée au bon usage de la L'analyse des ruses y trouve ainsi sa place. L'économie est une pratique, à la fois stratégique et tactique, au service du pouvoir et de l'enrichissement. Les moyens sont jugés à l'aune de leurs résultats.

⇒ 2 encadré [1] Chrématistique et économie

D. L'unité de l'«   » sous la disparate des traductions

C'est bien de tout cela qu'héritent les Pères après la proposition paulinienne d'assimiler l' à un plan de gestion et d'administration de la réalité mondaine de l'humanité par la divinité. Les traductions donnent une image fort mal maîtrisée de la polysémie du terme, puisque le mot tantôt disparaît, tantôt mis entre guillemets, fait l'objet d'un commentaire embarrassé sur une homonymie accidentelle. Or l'unité systématique du terme est essentielle pour qui veut comprendre l'efficacité opératoire de l' La disparate des traductions témoigne du malaise éprouvé par les chrétiens devant un opérateur christologique de l'opportunisme. Il est vrai qu'oikonomia change de sens chaque fois que son usage nécessite une inflexion, mais ce qui fait l'unité fondatrice de la polysémie elle-même, c'est précisément sa résistance militante à tout rigorisme ( ), à toute univocité de l'interprétation.

II. La polysémie patristique : et

La polysémie ne correspond pas à une évolution sémantique, car tous les sens coexistent et opèrent simultanément dès les premiers siècles. Au VIIIe siècle, un tournant décisif articule l' au débat sur la légitimité de l' dans la littérature patristique. C'est en effet à l'occasion de la crise provoquée par les empereurs iconoclastes (724) que les défenseurs de l'image (iconophiles) produisirent l'unité conceptuelle de l'économie. Alors se révèle et se parachève dans toute son ampleur philosophique et politique la définition d'un opérateur qui assure la gestion sans rupture des intérêts du ciel et des biens de la terre.

⇒ 2 encadré [2] Crise de l'image: la période iconoclaste

A. et institution ecclésiale

a. Le dispositif de l'

On trouve dans la littérature des Pères, le terme d' dans son sens classique de gestion et administration des biens et des personnes ou pour désigner les charges et les offices au sein de l'institution ecclésiastique. L' c'est-à-dire la volonté divine d'avoir recours aux visibilités et à l'histoire, devient le modèle pour la gestion et l'administration humaine de l'espace mondain par ceux qui s'en reconnaissent les intendants (oikonomoi). est le père fondateur du dispositif de l'économie incarnationnelle. L'oikonomia ouvre l'espace opératoire de la loi nouvelle qui, à l'image du est faite d'infractions et de transgressions dont le premier, énonce (épîtres aux Romains 2,29; 2e épître aux Corinthiens 3,6) qu'elles sont l'accomplissement même du sens de la par opposition à sa lettre (Eusèbe, Histoire ecclésiastique; J.-P. Migne, Patrologia graeca, 20, 308C; J. Chrysostome, De sacerdotio, VI, 7, 40, p. 328). Le mot par conséquent a désigné la personne du Christ ainsi que tout le récit de sa vie, de sa passion jusqu'à la résurrection et au delà, jusqu'à l'achèvement futur du plan providentiel de la rédemption (Athanase, Patr. gr. 25, 461B et 26, 169A; Justin, Patr. gr. 6, 753B; Irénée, Patr. gr. 7, 504B; Grégoire de Nazianze, Patr. gr. 36, 97C; Grégoire de Nysse, Patr. gr. 45, 137B).

b. La relation du spirituel et du temporel

Du moment où l' devient un dessein à long terme qui inclut nécessairement l'épreuve la plus radicale de la réalité, à savoir la mortalité, l' est le modèle de toute adaptation de la gestion humaine au plan providentiel, le concept opérateur qui met en relation les exigences spirituelles avec l'exercice du pouvoir temporel. Autrement dit, il s'agit du concept d'adaptation des moyens aux fins en vertu duquel l'« occasion » se juge en termes d'utilité, d'efficacité. Il n'est question ni de jurisprudence ni de casuistique car la fondation reste inébranlablement christologique; en effet, la personne du Christ ne peut être considérée comme un cas particulier traité en exemplum. C'est donc une sorte de pragmatisme fondé eschatologiquement. Cette adaptation finalisée s'appuie sur des analogies organiques dont la plus fondatrice est encore d'origine paulinienne : l'identification du du Christ au corps de l'Église (1er épître aux Corinthiens,12-31). Dès lors, l'institution ecclésiale devient oikonomos de l'accomplissement et tous les moyens qu'elle met en œuvre pour conduire l' c'est-à-dire l'ensemble des terres habitées, au triomphe du christianisme, sont justifiés par la divinité des fins et l'harmonie d'un ordre naturel. L'Église a ainsi opéré le glissement de l' domestique à l'oikos cosmologique afin d'étendre à tout l'univers la science de la gestion et de l'administration du patrimoine divin, la création. L'économie divine est le modèle naturel de tous les échanges et de toutes les consommations.

B. «   » et «   »

À la lumière des tensions mêmes de la réflexion classique, on comprend que l'institution se soit trouvée rapidement devant la question suivante : jusqu'où peut aller l'adaptation des moyens aux fins ? Jusqu'où la ruse et l'abandon temporaire des principes évangéliques peut-il admettre que les fins l'emportent temporairement sur l'exigence de justice et d'amour ? Les débats à ce sujet se sont multipliés qu'il s'agisse des stratégies de conversions, des ruses pédagogiques, des pieux mensonges…

Pour mieux cerner l'espace sémantique d' il faut à nouveau repartir de sa fondation christologique telle qu'elle découle de l'usage paulinien. L'Oikonomia de c'est le Christ, l'incarnation filiale. Il s'ensuit un usage trinitaire (Hippolyte, Patr. gr. 10, 808A, 816B, 821A) que le latin traduit tantôt par tantôt par selon qu'on insiste sur le dispositif comme structure de la divinité (Tertullien), ou sur sa dynamique productive de sens et d'histoire. en vient à ajouter aux termes latins la translittération du grec sous la forme pour désigner la dimension trinitaire du mystère filial (Patrologia latina, 2, 158A).

a. «   »

permet d'éclairer la dimension naturaliste de l' qui recouvre la totalité de la création, donc à la fois et c'est-à-dire nature, univers et système organique (Clément d'Alexandrie, Patr. gr. 8, 1033A-B). Le corps est inclus dans cette structure providentielle et ordonnée du monde, et oikonomia hérite alors de la conception stoïcienne du cosmos. La « disposition », dispositio, est un concept structurel, alors que la « dispensation », est un concept fonctionnel.

b. «   »

dépense et déploiement dans le visible, recouvre les effets historiques de la volonté et de l'action divine dans le monde et de l'adaptation de ses investissements à sa créature. La pensée comptable des dépenses, des profits et des pertes trouve ici sa fondation théologique.

« Quels sont les biens qui sont dépensés [khorêgia tôn agathôn] qui nous viennent du Père par le Fils, on va le dire tout de suite : toute nature dans la création, qu'elle appartienne au monde visible ou au monde intelligible, a besoin pour durer de la [ ] divine. C'est pourquoi le Verbe démiurge, Dieu Monogène, octroie son aide à la mesure des nécessités de chacun [hekastou khrêias]. Il fournit par surcroît des ressources variées et de toutes sortes suivant la diversité de ses obligés, en les proportionnant [epimetrêi tas khorêgias] à chacun [summetrous hekastôi] selon la nécessité des ses besoins [tôi tês khrêias anagkaion] » (Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, trad. fr. B. Pruche, Cerf, 1947, p. 312).

Cette dépense pose à la gestion ecclésiale la question de la rentabilité et de l'équilibre comptable dans la répartition des bienfaits aussi bien que dans la distribution des récompenses et des peines (cf. J. Kotsonis, Problèmes de l'économie ecclésiastique, trad. fr. P. Dumont, Gembloux, Duculot, 1971).

La traduction privilégiée par la Vulgate est qui recouvre à la fois et c'est-à-dire nature et providence. C'est ainsi que l'emploient (Patr. gr. 8, 809B), (Patr. gr. 11, 277A), (Patr. gr. 45, 126C) et (Patr. gr. 90, 801B). L'harmonie du monde s'ouvre à tous les procédés d'adaptation des moyens aux fins pour obtenir le ( ). Ainsi se trouvent désignées sous le même terme d' la ( ) comme chez (Patr. gr. 25, 488B) ou (Patr. gr. 99, 1661C), la stratégie pédagogique et la manipulation des âmes comme chez (Patr. gr. 13, 496B), la et tous les stratagèmes qui permettent l'ajustement du silence et des procédés rhétoriques comme chez (Patr. gr. 36, 473C) ou (Patr. gr. 32, 669A), et finalement le ( kalê apatê) comme chez (Patr. gr. 48, 630sq.).

C. « Économiser la vérité »

a. Les stratégies de l'«   »

La lettre 58 de à illustre parfaitement la question de l'économie pastorale dans sa gestion de l' Basile, face aux hérétiques, pour des raisons stratégiques, dissimule adroitement la rigueur du dogme trinitaire pour éviter un conflit qui menaçait l'unité de l'Église dans les provinces touchées par l'hérésie. N'étant pas en position de force, Basile se tait partiellement. Accusé de lâcheté par les plus rigoristes, il reçoit cette lettre de son ami qui le soutient.

« Il vaut mieux économiser la vérité [oikonomêtenai tên alêtheian] en cédant un peu aux circonstances comme à un nuage [hôsper nephêi tini tôi kairôi] plutôt que de la compromettre par une déclaration publique qui dévoile tout […].
Les assistants n'acceptèrent point cette économie. Ils s'écrièrent que c'était le fait des gestionnaires [oikonomountôn] de la lâcheté [deilian] et non du discours.
Quant à toi, divin et saint ami, enseigne nous jusqu'où il faut aller dans la Théologie de l'Esprit, quels termes il faut employer, jusqu'où faut-il être économe [mekri tinos oikonomêteon] pour maintenir ces vérités face à nos contradicteurs » (Grégoire de Nazianze, Lettres, trad. fr.  P. Gallay, Belles Lettres, t. 1, 1964, p. 76).

La difficulté d'un concept théologique mis au service de la politique a mobilisé les Pères et les théologiens lorsqu'il fallut concilier la chrétienne avec le désir d'hégémonie et de conversion. Tout pouvait faire que l' devînt la fondation d'une conception active de la Il n'en fut rien et c'est l'accommodement stratégique qui l'emporta jusqu'à admettre un certain machiavélisme. La gestion pontificale des affaires humaines a donné des exemples historiques où le respect des Évangiles n'a plus du tout inspiré les décisions de la hiérarchie. L'économie pénitentielle est alors venue au secours de pécheurs.

b. Une accommodation entre Dieu et la créature

La richesse et l'ambiguïté de la polysémie expliquent assez bien le silence prudent de l'institution ecclésiale qui n'a jamais produit un ouvrage thématique global sur un terme dangereusement ambivalent. Que Dieu et sa créature se rencontrent sur le terrain « économique » d'une accommodation mutuelle ressort clairement des textes sans jamais faire l'objet d'une mobilisation conceptuelle. Le seul témoignage d'une définition thématique se trouve dans l'ouvrage perdu d' que nous connaissons par la recension de Photius. Eulogios semble n'avoir pris en compte que le champ sémantique de l'accommodement et de l'opportunité.

⇒ 2 encadré [3] Les distinctions d'Eulogios

III. L'économie iconique

A. La défense de l'

À partir du VIIIe siècle, à l'occasion de la déclenchée par les empereurs iconoclastes, la défense de l' s'est entièrement construite sur l'interprétation économique de l' La gestion et l'administration des visibilités sont devenues la pierre angulaire de la politique ecclésiale. L'ennemi de l'icône est appelé aussi bien « iconomaque » qu'« économaque » puisqu'en grec les deux mots se prononcent de la même façon, ikonomakhos. Ainsi l'ennemi de l'icône est le bourreau du Christ, celui de l'Église et du plan universel de la rédemption. L' iconique rassemble dans la doctrine unifiante qui soutient toutes les productions d'images, la totalité du champ sémantique d'oikonomia. En effet, l'icône célèbre l'incarnation, et institue la production des visibilités comme de toutes les opérations providentielles de Dieu. L'adaptation stratégique, pédagogique et politique des moyens aux fins, pratiquée par l'institution est dans la continuité de l'adaptation divine au régime de la visibilité.

B. «   » / «   »

Pour élaborer la spécificité iconique de l' les Pères l'opposent dès lors à c'est-à-dire à la fidélité littérale des Juifs à la loi mosaïque. L' est la marque de la loi nouvelle, la fin des interdits bibliques et de la soumission à la lettre (Théodore Stoudite, Patr. gr. 99, 353D). Il s'ensuivit des moments de crise au sein de l'Église lorsque l'oikonomia devint, pour le scandale des esprits les plus rigoureux, la justification des mensonges, des abus et des crimes commis au nom de fins légitimes. L'économie se trouve en conflit avec l'acribie ( ) c'est-à-dire avec le respect littéral de la loi. La « sainte économie » viendra inévitablement alimenter la polémique dirigée contre les juifs. Ennemis de l'incarnation et de l'image, ils sont du même coup accusés de pratiquer une gestion diabolique des biens et profits. Leur rapport à l' porte les signes de leur damnation.

C. Occulter l'unité de l' «   »

Dès lors, on peut comprendre autrement l'embarras des traducteurs chrétiens qui choisirent de privilégier la disparate dans le but, tout à fait économique, d'occulter l'unité « idéologique » d'un terme qui menace la pureté spirituelle des pratiques. Traduire, à chaque occurrence du mot, par «   » ne pouvait que manifester trop clairement les fins politiques d'un pouvoir temporel qui ne se sent plus fidèle aux exigences éthiques de l'Évangile. Ainsi s'expliquent les innombrables notes de bas de page mettant le lecteur en garde contre les dérives de ce qui est présenté comme une homonymie accidentelle pouvant engendrer de graves malentendus ! Il s'agit pourtant strictement de la même chose à savoir de la légitimation de tous les moyens nécessaires à la gestion et à l'administration du monde visible en vue du salut dans le respect de l'unité indestructible d'une institution. Oikonomia n'est pas un homonyme mais un concept unifié au service de l'unification.

⇒ 2 encadré [4] Nicéphore: la synthèse iconophile

Marie-José Mondzain


Bibliographie

Chrysostome Jean, De sacerdotio / Sur le sacerdoce, éd. et trad. A.-M. Malingrey, Cerf, S.C., 272, 1980.

Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, trad. fr et éd. G. Bardy, Cerf, 1964-1971.

Migne Jacques-Paul (éd.), Patrologia graeca (Patr. gr.), Garnier,1928.

Mondzain Marie-José, Image, icône, économie, Seuil, 1996.

Strauss Leo, Xenophon's Socratic Discourse, Londres, Cornell UP, 1970.

Xénophon, Économique, trad. fr. P. Chantraine, Belles Lettres, 1993.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.