modernisme  [français]

angl.
→  baroque, classique, Neuzeit, romantique, style

Le terme est souvent compris comme une variante plus récente de Il revêt cependant une signification spécifique quand il traduit l'américain signification qu'il convient de préciser dans la mesure où la distinction, implicite, demeure le plus souvent tributaire du contexte de son emploi, notamment dans les textes d'histoire de l'art ou d'esthétique.

Dans son usage particulier, le «   » ( ) désigne cette mouvance artistique qui mit la au premier rang de ses préoccupations. Le critique et théoricien imposa, dans les années 1950, cette notion dont il fit la pierre de touche d'une histoire des arts tout entiers tendus vers l'épiphanie de leur vérité ontologique. Greenberg reconnaît que ce processus d' « autopurification » concerne tous les arts : « Il semble que ce soit une loi du modernisme — une loi qui s'applique quasiment à tout art qui reste vraiment vivant aujourd'hui — que les conventions non essentielles à la viabilité d'un moyen d'expression [medium] soient rejetées aussitôt reconnues » (C. Greenberg, « Peinture à l'américaine », 1988, p. 226). Mais la «  moderniste » affecte essentiellement l'art pictural, et elle trouve l'une de ses meilleures illustrations dans la tendance à la qui s'y manifeste. Alors que la tradition occidentale avait fait de l' un dogme intangible, à partir du XIXe siècle la peinture moderne se dissociait de la littérature, rompait ses liens avec les textes canoniques et puisait ses sujets tout d'abord dans le seul domaine du visible, puis en elle-même. N'ayant plus besoin de rendre lisible quelque récit que ce soit, elle pouvait cesser de représenter l'espace tridimensionnel. Elle se séparait donc du théâtre comme de la sculpture pour concentrer son attention sur les caractéristiques de son médium.

Le modernisme n'est pas un programme mais une tendance à l'œuvre dans le travail formel des artistes. Les positions de Greenberg sont, sur ce point, fort nettes : « Je répète que l'art moderniste ne présente pas de démonstration théorique. Il faudrait dire plutôt qu'il convertit toutes les possibilités théoriques en possibilités empiriques […] » (C. Greenberg, « La peinture moderniste » [1965], 1974, p. 38).

⇒ 2 encadré La définition greenbergienne du modernisme

Le modernisme, construction rétroactive, érige cependant en valeur suprême l'exploration des virtualités du médium. Vision exclusivement formaliste de l'art, il ne retient dans le bouillonnement des innovations que les œuvres qui lui permettent d'élaborer une saga téléologique qui jette aux poubelles de l'histoire les créations préoccupées d'hybridations signifiantes, placées sous le sceau du mêlé, de l'impur. Cette grille d'analyse liée aux médiums traditionnels, est tributaire des catégories des L'irruption de la acheva de faire apparaître le modernisme comme un récit local dont la puissance herméneutique demeure cependant considérable, au sein de son aire de compétence. C'est pourquoi il reste une référence majeure, inscrite dans l'histoire et utilisée comme telle.

Denys Riout


Bibliographie

Greenberg Clement, « La peinture moderniste » [« Modernist Painting », Art and Literature, nº 4, printemps 1965], trad. fr. A.-M. Lavagne, Peinture, Cahiers théoriques, nº 8/9, 1974.
Art et culture. Essais critiques [1961], trad. fr. A. Hindry, Macula, 1988.

Les Cahiers du musée national d'art moderne, nº 19-20, « Moderne, Modernité, Modernisme », juin 1987.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.