apparence  [entrée directionnelle]

Le mot est d'emblée ambigu, puisqu'il fait signe tantôt vers l'«   », c'est-à-dire la l'objectivité de ce qui apparaît de son propre fonds, tantôt vers l' et l'apparence trompeuse.

I. L' apparence — apparition

Apparence et apparition calquent le latin tardif et , liés à « apparaître », mais aussi « être au service de » (tout comme pareo, « se montrer », signifie aussi « obéir »; cf. notre « appariteur »), synonymes dans le latin d'église qui se sert d'apparitio pour rendre le gr. « manifestation, épiphanie ».

L'apparence-apparition renvoie à l'apparaître, à ce qui paraît en pleine lumière, l'apparition, la manifestation, le au sens premier du verbe gr. , « apparaître », de même racine que gr. « lumière » (voir phantasia, I, et l'encadré [1], « Phôs, phaino, phêmi » sous lumière).

II. L'apparence — illusion

L'apparence (celle du « ne pas se fier aux apparences ») renvoie non moins à la fausse apparence, à l'illusion.

Cette illusion peut être liée à la subjectivité singulière, et relever de l'erreur des de l' ou du (voir doxa, phantasia).

Elle peut aussi être conçue comme relevant d'une et être liée à l'opposition /

III. Les ambiguïtés du grec et de l'allemand

L'intrication des sens, positif et négatif, est particulièrement pregnante en grec et en allemand.

On se reportera à l'amplitude considérable du terme doxa, qui renvoie à l'apparaître de ce qui apparaît, à l' (dokei moi, « il me semble ») et à l' avec son acception (voir « recevable », sous doxa, II C; cf. encadré [1], « To Eikos… », « vraisemblable », dans eidôlon), jusqu'à désigner finalement la et son rayonnement.

De même, on notera la proximité, en allemand, du et du , de la simple apparence, de l'apparence trompeuse ( ) et du paraître de ce qui se montre dans tout son éclat, « vient au paraître, à parence » (zum Vorschein kommen) : Die Sonne scheint, « le soleil brille », ou der Mond scheint, « le clair de lumière ».

Pour illustrer le rapprochement, une phrase de et une phrase de

Gorgias (82 B 26 DK) : « ἔλεγε δὲ τὸ μὲν εἷναι ἀϕανὲὖ μὴ τ`χὸν τοῦ δοκεῖν, τὸ δὲ δοκεῖν ἀὓθενὲὖ μὴ τ`χὸν τοῦ εἶναι [il disait que l'être était invisible s'il ne rencontrait pas le paraître, et que le paraître était sans force s'il ne rencontrait pas l'être]. »

Hegel (Wissenschaft der Logik, livre II, 2ème section) : « Das Wesen muß erscheinen », le paraître n'a rien d'inessentiel, il est un moment de l'Essence elle-même : « So erscheint das Wesen ».

IV. Les acceptions esthétiques

voir image et, en particulier, eidôlon et mimesis

→  esthétique, imagination, tableau

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.