La selon

⇒ article sublime [3].

Plutôt que de reprendre pour cela l'expression hégélienne de qui, d'une certaine façon, conviendrait peut-être aussi bien, choisit pour désigner la « capacité d'échanger [un] but qui est à l'origine sexuel contre un autre qui n'est plus sexuel mais qui est psychiquement apparenté avec le premier » (« La Morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes [1908] », in La Vie sexuelle, trad. fr. D. Berger, PUF, 1969; G. W., VII, p. 150,; S. E., IX, p. 187). Il postule que, pour ce processus, la « met à la disposition du travail culturel une quantité extraordinaire de forces et cela, sans doute, par suite de la propriété particulièrement prononcée qui est sienne de déplacer son but sans perdre essentiellement en intensité ». Plus tard, en 1932 notamment, il précisera que cette modification de but de la s'accompagne alors d'un changement d'objet (Nouvelles Conférences d'introduction à la psychanalyse, trad. fr. R. M. Zeitlin, Gallimard, 1984, p. 131; G. W., XV, p. 103; S. E., XXII, p. 97).

Or, ce terme de qui provient de l'adjectif sublim, avant d'entrer dans le vocabulaire des beaux-arts, avait appartenu antérieurement à celui de l'alchimie (par emprunt au latin ), puis à celui de la chimie, où le mot désignait le processus consistant à « soumettre à la chaleur dans un vase clos des corps solides de façon que les éléments volatils s'élèvent à la partie supérieure du vase, où ils redeviennent solides et se fixent » (O. Bloch et W. von Wartburg, Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF, 1975). C'est par la reprise au sens figuré de l'idée d'une telle transmutation que Sublimierung réapparaît notamment chez Dans Humain, trop humain I [1876] (I, 1, G. Colli et M. Montinari [éd.], Gallimard, 1968, p. 23), ce dernier se pose la question suivante : « Comment quelque chose peut-il naître de son contraire, par exemple la raison de l'irrationnel, le sensible de l'inerte, la logique de l'illogisme, la contemplation désintéressée du vouloir avide, l'altruisme de l'égoïsme, la vérité des erreurs ? » Il y répond en opposant les démarches respectives de la vieille philosophique métaphysique et de la plus récente philosophie historique. La première « esquivait jusqu'à présent ces difficultés en niant que l'un pût engendrer l'autre et en admettant, pour les choses estimées supérieures, une origine miraculeuse, immédiatement issue du vif et de l'existence de la “ chose en soi ” ». Quant à la seconde, elle est arrivée, en s'inspirant des sciences de la nature, en particulier de la chimie,

« à trouver que ce ne sont point là des contraires […] et qu'il y a à la base de cette opposition une erreur de la raison : suivant son explication, il n'y a en toute rigueur ni conduite non égoïste, ni contemplation parfaitement désintéressée, l'une et l'autre n'étant que des ( ) dans lesquelles l'élément fondamental semble presque volatilisé et ne trahit plus son existence qu'à l'observation la plus fine ».

reprend dans Aurore § 35 la même argumentation, qu'il a évoquée ici sous la rubrique intitulée « Chimie des idées et des sentiments ».

L'utilisation que fait, pour sa part, de la catégorie de se déploie dans un vaste réseau de références qui souffre cependant d'ambiguïtés et de carences telles que les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse n'hésitent pas à conclure leur notice sur la question par ces mots : « L'absence d'une théorie cohérente de la sublimation reste une des lacunes de la pensée psychanalytique. » Par rapport à ces références, d'ailleurs, la sublimation se trouve souvent définie négativement. Ainsi se distingue-t-elle nettement de la catégorie du dans la philosophie esthétique, de l' de l' de l' (ou extinction de la capacité d'éprouver un plaisir sexuel selon ), etc. En revanche, d'autres notions sont plus directement en congruence avec elle. En effet, on peut considérer la sublimation comme un type de satisfaction qui passe par la voie d'une désexualisation, qui, tout en continuant d'avoir sa source dans la a cessé d'être sexuelle pour devenir sociale ou culturelle et qui, pour autant, ne connaît nullement le destin d'un Pour Freud, cette désexualisation, dans le droit fil de sa réflexion tardive sur le consiste dans le fait que le moi retire son pouvoir d'attraction à l'objet sexuel investi pour se réinvestir dans un nouvel objet et un nouveau but désormais non sexuels. Ainsi la sublimation, que Freud ramène à un processus de dérivation ( littéralement « déviation ») et non de répression ou, encore moins, de a pour condition une telle ( ), qui exige elle-même l'intervention du moi ou sa médiation, dans le cadre de la puissance unifiante de l' de la seconde topique.

Il reste qu'aux yeux de beaucoup la théorisation de Freud n'apporte pas une description probante de ce saut qualitatif par lequel la passe du sexuel au non-sexuel. C'est ce qui permet, par exemple, à d'en faire une tendance à restaurer le « bon objet » détruit par les pulsions agressives ou à (« Sublimation nécessaire et impossible », Philosophie, 55, 1er sept. 1997) d'en voir la source dans l'antériorité et l'autonomie du par rapport au destin de la

Charles Baladier


Bibliographie

Laplanche Jean et Pontalis Jean-Bertrand, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1967, p. 465-467.

Saint Girons Baldine, Dictionnaire de la psychanalyse, Encylopædia Universalis - Albin Michel, 1997, p. 812-822.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.