et

⇒ article oikonomia [1].

« On peut se demander si l'art d'acquérir la richesse [khrêmatistikê] est identique à l'art économique [oikonomikê], ou s'il en est une partie ou l'auxiliaire. […] On voit clairement que l'économique n'est pas identique à la chrématistique. Il revient à ce dernier de procurer [porisasthai], à l'autre d'utiliser [khrêsasthai]. Quel autre art que l'économie s'occupera de l'utilisation des biens dans la maison ? » (Aristote, La Politique, I, 8-9, 1256a 3-5).

« Il y a une forme d'acquisition [eidos ktêtikês, sc. La guerre et la chasse] qui par nature [kata phusin] appartient à l'économie : ou bien les ressources existent ou bien l'économie doit les faire exister. Il s'agit de la constitution des réserves de biens nécessaires à la vie et utiles à la communauté d'une cité ou d'une famille […] Ainsi il existe un art naturel d'acquérir pour les administrateurs de famille [oikonomois] et les administrateurs de cité [politikois] » (1256b 27-38).

« L'art d'acquérir [khrêmatistikê] est-il ou non affaire du chef de famille et de l'homme en charge de la cité [politikou] ? Encore faut-il que ces biens existent. De même que la politique ne fait pas les hommes mais s'en sert après les avoir reçus de la nature, de même la nature doit fournir la terre, la mer et le reste dont l'administrateur familial [oikonomos] doit disposer au mieux » (1257b 19-25).

distingue dans ce passage deux régimes de l' l'un, qui reste solidaire de la nature et qui se charge de stocker, gérer et rentabiliser les produits nécessaires à la vie ( ), l'autre, illimité, qui ne vise que l'enrichissement ( ) et nécessite une vigilance éthique du fait de la substitution de l'argent aux biens eux-mêmes ( ). Ces deux régimes concernent aussi bien l'économie domestique que l'économie politique. L'Économique, traité aristotélicien, reprend cette distinction, mais choisit d'accorder sa place proprement politique à l'acquisition et à l'accroissement du pouvoir par l'appropriation et l'accroissement des biens. La chrématistique dans l'Économique n'est plus qu'un ensemble de techniques et de stratégies de financement.

Il faut noter que dans La Politique (1258b), sur le versant chrématistique de l'économie, la rentabilité des placements produit un intérêt appelé tokos qui donne à Aristote l'occasion de condamner l'usure comme une activité contre nature (para phusin). Ceci peut surprendre puisqu'il remarque que cette productivité est homonymique de la procréation des enfants (homoia gar tôn tiktomena tois gennôsin auta estin). C'est ce que la pensée chrétienne au contraire exploitera positivement dans une économie ecclésiale qui prend pour modèle l'engendrement et la filiation à partir du ventre fécond de la mère de Dieu, nommée Dans la pensée classique, la réflexion sur l'économie étant solidaire d'un modèle agricole, le souci fondateur reste toujours celui d'une harmonie rationnelle entre et entre économie et nature. La construction chrétienne de l'économie rompt avec tout modèle naturel pour définir un régime symbolique du pouvoir théologico-politique.

Marie-José Mondzain


Bibliographie

Aristote, La Politique, livre I, trad. fr. P. Pellegrin, Nathan, 1983, rééd. Flammarion, « GF », 1990.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.