«   », «   » (danois)

⇒ article Neuzeit.

Ces termes, qu'on rend par « notre temps », « le  », «   » et d'autres expressions analogues, apparaissent dans presque toutes les œuvres où caractérise son époque. Celle-ci est soumise à la critique pour avoir perdu le sens des possibilités concrètes de l'homme singulier ( ), pour n'avoir pas assumé la tâche du « penseur subjectif existant ». « L'époque » est dominée philosophiquement par la spéculation, et socialement par la (la Presse). Cela n'est pas sans affecter le christianisme, religion officielle au Danemark. Être conscient de son temps au point d'en dénoncer les vices, c'est affronter l'incompréhension de la génération présente et faire son deuil de l'admiration. La tactique consistera à tromper son monde (« Mundus vult decipi, decipiatur ergo » : t. 2, p. 229; t. 9, p. 313; t. 16, p. 33), lui faire entendre la voix de l'Isolé qui stigmatise les travers de l'époque. Kierkegaard aurait peut-être pu dire avec Hamlet : « The time is out of joint. » Mais c'eût été sans se croire désigné pour le faire rentrer dans ses gonds. Pour son « temps », il ne veut être qu'un « correctif » (correctiv) (t. 17, p. 276; t. 19, p. 43). Qu'il s'agisse de la pensée, des mœurs littéraires ou de la religion, la tâche du est simplement, par la description des stades de l'existence, de leur temporalité propre, de rendre le lecteur « attentif » (t. 14, p. 79, 86) aux dangers du “ nivellement ” ( ) (t. 5, p. 153), de la jalousie qui nivelle (t. 8, p. 184, 202, 225). Ce qui n'est pas sans rapport avec l'analyse heideggérienne de la ( ), du ( ) et du ( ) (Sein und Zeit, Tübingen, Niemeyer, 1963, § 27).

Jacques Colette


Bibliographie

Kierkegaard Søren, Œuvres complètes, trad. fr. P.H. Tisseau et E.M. Jacquet-Tisseau, L'Orante, 1966-1986, 20 vol.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.