L' chez

⇒ article mimêsis [9].

À la fin du XVIIIe siècle, l' n'implique plus l'idée d'un ordre rationnel inhérent à la nature ou propre à un système de règles artistiques. Elle se voit confrontée à un double processus : d'une part, la subjectivation croissante de toutes les catégories esthétiques, d'autre part, le développement d'un nouveau concept de L'art doit désormais produire ses œuvres en vertu d'un principe d'autonomie analogue à celui qui est immanent aux organismes vivants. C'est donc selon un processus dynamique, interne et autonome, que l'œuvre d'art doit s'accomplir. Mais chez ce mouvement ne relève nullement, comme chez d'une investigation de la nature en tant que telle. Ou plutôt, et se rejoignent dans un tout, analogue au des Grecs, qui les conditionne étroitement. L'art devra en effet retrouver le langage de la nature, soit par l' soit par le L'orientation esthétique de Moritz est donc aussi éloignée du rationalisme de que de la vision exclusivement artistique de ou de C'est l'enthousiasme et la mystique du tout qui animent la pensée de Moritz : le critère essentiel du ne peut être que celui d'une chose parfaitement achevée ou accomplie (Vollendetes). Mais cette beauté n'est elle-même qu'un moment dans un mouvement qui tend à l'appréhension du tout. Si nous ne possédons pas le concept de bon ou de bien au sens éthique, nous ne pouvons saisir dans sa plénitude l'idée d'une (die ) dans la mesure où celle-ci est immanente à la faculté créatrice du beau telle qu'elle se manifeste dans une oeuvre :

« Die eigentliche Nachahmung des Schönen unterscheidet sich zuerst von der moralischen Nachahmung des Guten und Edlen dadurch, dass sie, ihrer Natur nach, streben muss, nicht, wie diese, in sich hinein, sondern aus sich heaus zu bilden [Donc, l'imitation du beau proprement dite se distingue d'abord de l'imitation morale du beau et du noble par ceci, qu'elle doit s'efforcer, d'après sa nature, non, comme cette dernière, de former l'image en soi, mais de la former à partir de soi] » (Karl Philipp Moritz, Über die bildende Nachahmung des Schönene [1788], in Schriften sur Asthétik und Poétik, Tübingen, Niemayer, 1962, p. 67; trad. fr. P. Beck, in Le Concept d'achevé en soi et autres écrits, PUF, 1995, p. 149).

Le « aus sich heraus zu bilden » (se former à partir de soi) dissipe l'ambiguïté de la phrase. L'imitation formatrice n'a plus rien de commun avec l'imitation telle que l'entendait encore par exemple  : elle est une poïésis, animée par une une faculté formatrice (voir bildung). est d'autant moins traduisible que Moritz utilise le mot tout en le définissant comme ce qu'il n'est pas, à savoir une activité de l'imagination créatrice. La rupture avec la tradition artistique de l'imitation est donc consommée; le théoricien a en vue une idéalisation du beau impliquant tout autant une expérience mystique qu'une expérience esthétique. C'est cependant en fonction de cette nouvelle signification, parfois obscure, que va se déterminer l'orientation esthétique du romantisme allemand.

Jean-François Groulier

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.