La critique de l'idée d' de la nature chez

⇒ article mimêsis [8].

L'usage que fait de est conforme à sa démarche générale concernant la théorie de l'art : il recourt à la notion, mais pour en montrer les contradictions internes. En effet, s'il fallait selon lui appliquer littéralement le principe d' de la nature, cher à ou à alors les pires difformités passeraient pour de l'art et une parfaite harmonie de proportion serait une bizarrerie :

« L'exemple de la nature qui doit justifier le lien du sérieux le plus solennel et de la gaieté la plus bouffonne, pourrait aussi bien servir à justifier tout monstre dramatique qui ne posséderait ni plan, ni liaison, ni sens commun. L'imitation de la nature (Die Nachahmung der Natur) ne devrait absolument pas être le principe de l'art (Grundsatz der Kunst); ou bien, si elle devait le rester, l'art cesserait par là même d'être de l'art, du moins d'être un art élevé […]. Selon cette manière de penser, l'œuvre la plus artistique serait la plus mauvaise et la plus grossière serait la meilleure » (G. E. Lessing, Hamburgische Dramaturgie, 70e section, 1er janvier 1768 [1769], Stuttgart, Alfred Kröner Verlag, 1958, p. 275).

Lessing ne s'en prend pas au principe d'imitation en tant que tel mais à l' Si l'imitation de la nature est l'essence de l'art, alors il faut en tirer toutes les conséquences : le parfait reflet de la réalité ne peut que nous renvoyer des représentations et des images souvent laides, voire hideuses. L'application stricte du principe d'imitation de la nature produit le contraire de ce qu'il vise, à savoir le et perd ainsi toute validité de principe artistique. Dans le Laocoon, le mot réapparaît, mais surtout à propos des modes de représentation de la peinture : « La peinture emploie pour ses imitations (Nachahmungen) des moyens (Mittel) ou des signes (Zeichen) différents de la poésie, à savoir des formes et des couleurs étendues dans l'espace » (G. E. Lessing, Laocoon, trad. fr. A. Courtin, Hermann, 1990, p. 120). À la suite des Réflexions de Lessing conserve le mot qui semble le plus propre à exprimer la quête de l'idéalité du beau et donc l'essence de l'art lui-même. Nachahmung n'est donc pas rejeté mais il n'a pas véritablement le statut d'un concept artistique et esthétique. Dans le Laocoon, à propos de la peinture, il s'identifie à L'autre sens, beaucoup plus vague, fait référence aux modèles poétiques et picturaux des anciens. Nachahmung ne s'oppose pas encore explicitement à la ; sans être véritablement vide de contenu, le mot exprime tout au plus une concession faite au culte de l'idéal classique du beau. En d'autres termes, il possède encore une légitimité due à l'autorité de Winckelmann, mais sa validité théorique est devenue si problématique que seule l'esthétique qui se développe alors en Allemagne pourra lui redonner une fécondité.

Jean-François Groulier

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.