Le  : de la cause au but

⇒ article mimêsis [4].

Soucieux de rétablir la vérité du texte d' dénoncera l'interprétation à ses yeux complètement erronée de l'idée de notamment dans le commentaire qui accompagne le célèbre passage du chapitre 4 de la Poétique qu'il traduit ainsi : « Il y a deux causes principales, et toutes deux fort naturelles, qui semblent avoir produit la poésie; la première est l'imitation, qualité née avec les hommes, car ils diffèrent des autres animaux en ce qu'ils sont tous très portés à l'imitation, que par son moyen ils apprennent les premiers éléments des sciences, et que toutes les imitations leur donnent un singulier plaisir. »

Le commentaire concerne le « et que » final :

« Les plus savants interprètes d'Aristote ont fait ici une faute très considérable, en prenant ces paroles pour l'explication de la seconde cause qu'il donne de la poésie, comme si Aristote disait : Et la seconde, que toutes les imitations leur donne du plaisir. Aristote n'était pas capable de dire une chose de si mauvais sens, et de donner à un effet deux causes qui n'en sont qu'une seule. C'est comme si l'on disait que deux causes font croître une plante que cultive un jardinier : la première, l'eau dont il l'arrose, et la seconde, le plaisir qu'il prend à l'arroser. Il n'y a personne à qui cela ne parut absurde. Ce philosophe dit donc que la première cause de la Poésie c'est l'imitation, à laquelle les hommes sont portés naturellement, et comme cette pente, quelque naturelle qu'elle soit, serait inutile si les hommes n'avaient du plaisir à l'exercer, il ajoute, et à laquelle ils prennent un singulier plaisir » (André Dacier, La Poétique d'Aristote : contenant les règles les plus exactes pour juger du poême heroique, & des pièces de théâtre, la tragédie & la comedie, Amsterdam, George Gallet, 1692).

Si la faute des savants interprètes a été de croire que le était la seconde cause qu'Aristote attribue à l' (alors qu'il s'agit de la tendance au rythme et à la mélodie), celle de est encore plus considérable puisqu'elle consiste à faire de cette cause un but, et même d'en faire le seul but de l'art. Mais cette « faute », qui est au fondement de toute l'esthétique classique, a été extrêmement féconde dans le champ de l'art.

Jacqueline Lichtenstein

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.