«   » and/or «   »

⇒ article ingenium [2].

Généralement, désigne un pouvoir cognitif différent de une activité de l'esprit dans laquelle l' autorise un et une des idées. Dès lors, wit fait intervenir l'humeur, qui autorise un rapport plaisant, voire éloquent à la pensée. Ainsi, dans l'Essay on the Freedom of Wit and Humour, analyse une opération critique de l'esprit qui s'exerce dans la bonne humeur et a pour lieu la conversation agréable entre amis. La difficulté de traduction et de compréhension de wit, de humour et de leur articulation, tient alors non seulement à une répugnance pour conjoindre ce qui est drôle et ce qui relève de l'intelligence mais aussi à la polysémie des termes : que faire de humour lorsqu'il devient humour et désigne ce que les Français ont coutume de nommer « l'humour anglais » ?

a. « Wit » et « mind »

n'est pas mind. renvoie à la nature de l'esprit alors que wit désigne l'activité et l'expérience cognitive. Chez (Leviathan, p. 134-135, trad. fr. p. 64-65), wit a le sens d' comme pouvoir de saisir les entre des choses qui peuvent sembler très éloignées les unes des autres. est proche d' ; c'est une aptitude à remarquer des ressemblances rarement aperçues. Selon Hobbes, to have a good wit est différent de to have a good judgment car le consiste à repérer des différences et dissemblances, à user de discernement. Dans An Essay concerning Human Understanding, évoque un partage assez proche de celui de Hobbes entre et (Essay, p. 156, trad. fr. p. 108-109). Alors que le jugement a une fonction analytique qui a pour fin la distinction des idées, l'esprit comme wit joint promptement et agréablement des pensées : « ce caractère divertissant et plaisant de l'esprit qui frappe si vivement l' et qui est, par conséquent, si satisfaisant pour tout le monde [that entertainment and pleasantry of Wit, which strikes so lively on the and therefore so acceptable to all People] » (Ibid.).

b. « Wit » et « Witz »

ressemble alors à l'allemand Les deux termes renvoient à un savoir (la racine commune est ) qui n'est pas celui d'une discursivité analytique, mais manifeste un esprit créateur qui fabrique des tout en reconnaissant la possibilité d'une socialité de la pensée (P. Lacoue-Labarthe, J.-L. Nancy et A.-M. Lang, L'Absolu littéraire, Seuil, 1978, p. 82). Wit désigne un éclat individuel qui, combiné au divertissement, peut produire le ( ) et la ( ) qui sont des manières singulières d'exprimer le wit.

c. Le plaisir dans l'usage du langage

Avec on peut dire que l'effet produit par le est le même que celui de l' ; il apporte du dans l'usage du (A Treatise of Human Nature, p 611, trad. fr. p. 239). Mais, le plaisir pris au wit ou à l'éloquence n'est pas de la même espèce que celui pris à la ( ). La bonne humeur n'est immédiatement agréable qu'à la personne elle-même, et se communique ensuite à autrui par sympathie. En revanche, l'esprit comme wit a une valeur immédiatement sociale qui se déploie particulièrement dans le plaisir de la conversation : « Il est évident que la conversation d'un homme d'esprit [the conversation of a man of wit] donne beaucoup de satisfaction »(ibid.). Enfin, et se distinguent de la et du ( and ) qui ne valent que pour la personne qui les possède. Au XVIIIe siècle, humour est volontiers associé à wit pour exprimer un rapport à autrui sur le mode de la gaieté, voire sur celui de la plaisanterie et des jeux de mots. Mais humour, avant de se traduire par humour, signifie humeur : « En effet, qu'est-ce donc, ce que tu appelles de l'esprit ou de l'humeur [wit or humour] ? » (Shaftesbury, Exercices, p. 99). Cependant, selon le dictionnaire anglais de (Dictionary of the English Language, Londres, 1755), humour veut dire general temper of mind mais aussi jocularity, merritment, incluant dans sa compréhension le badinage, la joie, voire l'hilarité. Humour contient déjà quelque chose de l'humour anglais, c'est-à-dire autre chose qu'une simple disposition de l'esprit : une façon de rire singulière, très anglaise, dont la traduction ne fait que renvoyer au mot anglais humour qui reste indéterminé pour un Français.

d. La tradition du « wit and/or humour » se dissocie en deux moments.

Tout d'abord, désigne l' La bonne humeur est une conversion de l'humeur en disposition joyeuse. Dans l'Essay on the Freedom of Wit and Humour, propose de soumettre le domaine des vérités au rire :

« Truth, 'tis suppos'd, may bear all Lights : and one of those principal Lights or natural Mediums, by which Things are to be view'd, in order to a thorow recognition, is Ridicule it-self [On estime que la vérité peut supporter toutes les lumières : l'une de ses lumières principales ou méthodes naturelles pour appréhender les choses et les identifier parfaitement est le rire lui-même] » (Characteristics, I, p. 61).

Dans cette théorie de l'usage critique du rire, consiste en une opération de l'esprit dans laquelle le commerce des passions joyeuses tient à un jeu réglé entre wit et humour sur le modèle d'un échange d'idées tout à la fois joueur, plaisant et poli :

« Wit will mend upon our hands, and Humour will refine it-self; if we take care not to tamper with it [L'esprit se perfectionnera entre nos mains et l'humeur se raffinera si nous prenons soin de ne pas en altérer la forme] » (Characteristics, I, p. 64).

Une humeur non altérée est une humeur qui ne se laisse pas déformer par la mélancolie ou le rire démesuré. devient alors synonyme d'autres termes volontiers employés par Shaftesbury : et à condition que ces mots soient toujours associés à la possibilité d'un rire mesuré et bienveillant. L'usage du Wit and humour ne saurait accepter le comique outré de la et du (Buffoonery and Burlesque, Characteristics, I, p. 72) qui rejoint le carnaval, le cabaret pour la seule fin du divertissement.

Ensuite, veut dire Désormais, et humour se conjoignent dans le second terme qui souligne une activité remarquable de l'esprit et fonde une disposition permanente de l'individu — on peut dire a man of great humour. Plus encore, l'humour donne à la réalité des figures ambiguës et contradictoires, comme si le sens n'était jamais unique. Alice, dans Alice's Adventures in Wonderland de n'arrête pas de grandir et de rapetisser, sans jamais savoir dans la suite de ses aventures ce qui la rendra plus grande ou plus petite. L'humour anglais ou humour, difficilement traduisible en ses figures, ne tient-il pas à cette tentative née avec Lewis Carroll de montrer le réel dans toutes ses possibilités à la fois, créant des effets comiques par la superposition d'éléments à la fois logiquement nécessaires et logiquement incompatibles, et par là non maîtrisables ?

Fabienne Brugère


Bibliographie

Carroll Lewis, Alice's Adventures in Wonderland/Les Aventures d'Alice au pays des merveilles, éd. bilingue angl./fr., trad. fr. M. Merle, Librairie générale française, « Livre de poche », 1990.

Hobbes Thomas, Leviathan [1651], Londres, Penguin Books, 1968; Léviathan , trad. fr. F. Tricaud, Sirey, 1971.

Hume David, A Treatise of Human Nature [1739-1740], Oxford, Clarendon Press, 1978; Traité de la nature humaine, trad. fr. J.-P. Cléro, Flammarion, “ GF ”, 1991.

Johnson Samuel, Dictionary of the English Language, Londres, T. Payne et fils, 1755.

Locke John, An Essay concerning Human Understanding, Oxford, Oxford UP, 1975; Essai sur l'entendement humain, trad. fr. P. Coste, reprint de la 5e éd. (1755) éd. E. Naert, Vrin, 1972.

Shaftesbury Anthony Ashley Cooper, Characteristics of Men, Manners, Opinions, Times [1711], Hildesheim - New York, Georg Olms, 1978, I. Essay on the Freedom of Wit and Humour.
Exercices, trad. fr. L. Jaffro, Aubier, 1993.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.