D' à et retour

⇒ article catharsis.

La critique que fait de l'idée de illustre le déplacement que ses contemporains ont fait subir à cette problématique. La des au sens où, croit-il, l'entend est pour lui purement « imaginaire » : la écrit-il, a cette « utilité » particulière

« que par la et la elle purge de semblables passions. Ce sont les termes dont Aristote se sert dans sa définition, et qui nous apprennent deux choses : l'une qu'elle excite la pitié et la crainte, l'autre que par leur moyen, elle purge de semblables passions. Il explique la première assez au long mais il ne dit pas un mot de la dernière, et de toutes les conditions qu'il emploie en cette définition, c'est la seule qu'il n'éclaircit point […] Si la purgation des passions se fait dans la tragédie, je tiens qu'elle se doit faire de la manière que je l'explique; mais je doute si elle s'y fait jamais, et dans celles-là même qui ont les conditions que demande Aristote. Elles se rencontrent dans Le Cid et en ont causé le grand succès : Rodrigue et Chimène y ont cette probité sujette aux passions et ces passions font leur malheur puisqu'ils ne sont malheureux qu'autant qu'ils sont passionnés l'un pour l'autre […] leur malheur fait pitié, cela est constant, et il en a coûté assez de larmes aux spectateurs pour ne le point contester. Cette pitié nous doit donner une crainte de tomber dans un pareil malheur et purger ce trop d'amour qui cause leur infortune et nous les fait plaindre, mais je ne sais si elle nous la donne et si elle le purge, et j'ai bien peur que le raisonnement d'Aristote sur ce point ne soit qu'une belle idée qui n'ait jamais son effet dans la vérité. Je m'en rapporte à ceux qui en ont vu les représentations : ils peuvent en demander compte au secret de leur cœur et repasser sur ce qui les a touchés au théâtre, pour reconnaître s'ils en sont venus par là jusqu'à cette crainte réfléchie, et si elle a rectifié en eux la passion qui a causé la disgrâce qu'ils ont plainte » (Discours de la tragédie, 1660).

Dans sa Dramaturgie de Hambourg (1767-1768), reprochera précisément à de n'avoir rien compris à la phrase du livre 6 de la Poétique et d'avoir fait un faux procès à  :

« Enfin, pour ce qui concerne le but moral qu'Aristote assigne à la et qu'il a cru devoir comprendre dans sa définition, on sait combien de discussions se sont élevées là-dessus, particulièrement dans ces derniers temps. Je me fais fort de montrer que ceux qui ont blâmé Aristote sur ce point ne l'ont pas compris. Ils lui ont prêté leurs propres pensées, avant de savoir quelles étaient les siennes. Ils combattent des chimères dont ils sont eux-mêmes obsédés, et se flattent de réfuter victorieusement le philosophe, lorsqu'ils terrassent les fantômes de leur propre cerveau » (48e soirée, trad. fr. E. de Suckau, p. 360).

Jacqueline Lichtenstein

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.