L'image en hébreu (ṣëlëm, demūṯ [תומדּ])

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Le passage de la Genèse dans lequel il est dit que l'homme est à l'image de est un monologue dans lequel Dieu, s'adressant à soi-même au pluriel, dit : « Faisons l'homme à notre image (be-ṣalmënū [ונמלצבּ]), comme notre ressemblance (ki-demūṯënū [ונתומדכּ]) » (1, 26). Le verset présente plusieurs difficultés : a) à qui s'adresse le pluriel ? Les Pères de l'Église y voyaient une annonce de la ; les juifs et l'exégèse moderne y voient la cour des anges; b) pourquoi ces deux mots différents, précédés chacun d'une préposition à la nuance différente ? Une expression binaire presque identique, dans laquelle les prépositions sont inversées, exprime la entre le père et l'enfant (Genèse, 5, 3); c) en quoi consiste cette ressemblance ? en une propriété physique, comme la station debout ? en la  ? en la  ? Une formule d'allure poétique justifie l'inviolabilité de la personne : qui verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé, car l'homme a été fait à l'image de Dieu (Genèse, 9, 6); d) le verset est suivi immédiatement par le rappel de la différence sexuelle : « Dieu créa l'homme à son image (be-ṣalmō [ומלצבּ]); à l'image de Dieu il le créa; mâle et femelle il les créa » (Genèse, 1, 27). Quel rapport y a-t-il entre les deux affirmations ?

Quant aux mots pour «   », le premier vient d'une racine signifiant tailler et désigne d'abord la figure sculptée, surtout à usage cultuel — ce que les prophètes appellent «   » une fois le culte concentré sur le seul Dieu d'Israël. La racine du second signifie « être semblable », et le mot lui-même désigne d'abord la , la reproduction. Par ailleurs, la première préposition, dont le sens premier est « dans », suppose une possession stable; la seconde, qui signifie d'abord « comme », suggère que le statut d'image est lui-même métaphorique.

La théologie chrétienne distingue d'une part l' , qui relève de la nature de l'homme, et ne peut donc être perdue, et d'autre part la . Le péché a troublé celle-ci, et l' doit en permettre la récupération. L'idée est chez les Pères grecs (Irénée, Contre les hérésies, V, 16, 2) et latins (saint Augustin, De la Trinité, XIV, iv, 6) avant de passer au Moyen Âge (par ex., saint Bernard, Sur le cantique des cantiques, 82, 7-8). explique les deux termes dans le but principal d'écarter toute tentation de faire de Dieu un être corporel (Le Guide des égarés, I, 1).

Rémi Brague

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.