La et la

⇒ article beauté [4].

La spécificité de la théorie de l'art, telle qu'elle se développe dans la deuxième moitié du XVIIe siècle en France, réside dans la volonté de surmonter cette tension entre l'idéalité fondée sur des et une perfection artistique attestée par des œuvres et des pratiques empiriques. D'où la tentation de s'écarter de principes purement rationnels et de faire dériver le de la et de la à titre de propriétés inhérentes et objectives de l'œuvre, comme le fait par exemple lorsqu'il distingue la et la grâce :

« C'est que la naît de la et de la qui se rencontre entre les parties corporelles et matérielles. Et la s'engendre de l' des causés par les affections et les sentiments de l'âme. Ainsi quand il n'y a qu'une symétrie des parties corporelles les unes avec les autres, la beauté qui en résulte est une beauté sans grâce. Mais lorsqu'à cette belle proportion on voit encore un rapport et une de tous les mouvements intérieurs, qui non seulement s'unissent avec les autres parties du corps, mais qui les animent et les font agir avec un certain accord et une cadence très juste et très uniforme, alors il s'en engendre cette grâce que l'on admire dans les personnes les plus accomplies et sans laquelle la plus belle proportion des membres n'est point dans sa dernière perfection » (Entretiens…, 1er entretien, Les Belles Lettres, p. 120-121).

Telle qu'elle se manifeste dans un beau corps ou dans une œuvre, la proportion et la symétrie sont constitutives de la beauté, mais d'une beauté abstraite, normée et inanimée. La grâce en revanche est inséparable de ce que les théoriciens de l'art du XVIIe siècle appellent « l'  » à savoir les actions du qui rendent visibles les mouvements de l' Loin d'être une qualité parmi d'autres, l'expression est ce par quoi la beauté agit sur le spectateur, le touche, l'émeut. C'est pourquoi elle est une partie essentielle de l'art du peintre et du sculpteur [voir encadré Expression dans mimêsis]. En ce sens, on peut définir la grâce comme l'âme de la beauté, la beauté de la beauté. Elle consiste en un «   », dit Félibien, « qu'on ne peut bien exprimer » et qui est « comme le nœud secret qui assemble ces deux parties du corps et de l'esprit ». De sorte que la grâce est devenue la condition nécessaire du Et contrairement à la beauté, la grâce ne se laisse pas enfermer dans des règles : « Ce qui plaît, écrit le consiste en des choses presque imperceptibles, comme dans un clin d'œil, dans un sourire, et dans je ne sais quoi, qui s'échappe fort aisément et qu'on ne trouve plus sitôt qu'on le cherche » (Des agrémens, in Œuvres, Les Belles Lettres, 1930)

Le débat sur l' et les catégories artistiques, sur le pouvoir des règles, ne commence donc véritablement qu'avec la grâce, laquelle devient une condition de la perfection de l'œuvre d'art, qui requiert la mise en œuvre d'une technique de composition des figures et des formes, produisant l' et le je ne sais quoi sans lesquels le langage de l'art reste lettre morte.

Jean-François Groulier


Bibliographie

Félibien André, Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, 1668-1688; les 1er et 2e Entretiens ont été publiés par René Démoris, Les Belles Lettres, 1987.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.