Le comme participation à la et intériorité :

⇒ article beauté [2].
→  lumière

Sans rompre avec l'héritage antique, la philosophie de développe une réflexion sur le la [μίμησις] et l' qui permet pour la première fois d'accorder les exigences d'une métaphysique du beau avec celles d'une philosophie de l'art.

Pour Plotin, contrairement à le monde des idées n'est pas séparé du monde visible; resplendissant dans la lumière la plus pure, il participe aux réalités terrestres par la médiation de l'ordre cosmique. La se répand sur le monde et donne véritablement une à la chaotique et informe. Les conséquences sont importantes : Plotin ne nie pas qu'une pierre ou un arbre puissent être beaux, mais ils ne le sont que dans la mesure où ils participent à la Dans l'ordre matériel et corporel, rien ne peut être absolument beau si la lumière divine n'exerce son action en donnant une forme à toute chose. L'autre aspect qui oppose la réflexion plotinienne sur le beau à celle de Platon concerne les rapports entre l'idée du beau et l'existence de l'art. L'art est en effet pour Plotin un mode de connaissance et même de connaissance métaphysique en tant qu'il contribue à nous rapprocher de l' Le principe majeur qui définit la réalité d'une œuvre d'art n'est plus la mimêsis, vouée qu'elle est à la reproduction habile et vaine des réalités terrestres, mais la ( [μέθεξις]) conçue à présent comme cause de l'activité artistique. L'artiste est créateur, non parce qu'il restitue les figures de la réalité, même selon des proportions et une harmonie parfaites, mais parce qu'il se réfère à une qu'il a dans l'esprit. Encore faut-il préciser que cette forme intérieure n'est pas l'expression d'une subjectivité créatrice mais le reflet d'un de la beauté ( [ἀρχέτυπον]). C'est dire que cette métaphysique du néoplatonisme ouvrira des perspectives décisives pour la pensée de l'art et du beau au Moyen Âge, dominera la réflexion sur l'art à la Renaissance et sera productive jusqu'à l'idéalisme allemand et au romantisme européen.

Tout aussi novatrice et originale est la critique plotinienne de l'idée de Si la proportion et la sont effectivement belles, ce n'est pas en tant que telles, mais dans la mesure où elles ont leur origine dans une forme interne, idéale et spirituelle. Dès lors, la théorie classique du procédant de l'harmonie et de la proportion, c'est-à-dire cette conception que toute l'Antiquité a développée comme une axiomatique immuable, se voit soudain transformée de fond en comble. Cela signifie en particulier que tout réalisme, tout objectivisme du beau est réfuté au profit d'une conception plus spirituelle : « Lorsque l'on voit le même visage, avec des proportions (summetria [ςυμμετρία]) qui restent identiques, tantôt beau et tantôt laid, comment ne pas dire que la beauté (to kallon [τὸ κάλλον]) qui est dans ces proportions est autre chose qu'elles et que c'est par autre chose que le visage bien proportionné est beau ? » (Ennéades I, 6, Du Beau, 1, trad. fr. É. Bréhier, Les Belles Lettres, 1960, p. 96). Déterminantes pour l'existence du la proportion comme l'harmonie ne sont pas des quantités mesurables mais des qualités qui ne peuvent être pleinement perceptibles que par l'activité purifiante de l'œil intérieur et au terme d'une ascèse spécifique. C'est pourquoi le mot chez ne désigne pas une propriété appartenant en propre à une forme déterminée, mais indique une participation à l'intelligible, fût-il appréhendé dans la contemplation d'un être imparfait et occupant une place modeste dans la hiérarchie des choses terrestres. Ayant pour fin le monde des idées et l'intelligible, l'expérience du beau implique la conversion de l'être entier en vue d'une perfection toute intérieure : « Reviens en toi-même et regardes : si tu ne vois pas encore la beauté en toi, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle; il enlève une partie, il gratte, il polit, il essuie, jusqu'à ce qu'il dégage de belles lignes dans le marbre […] et ne cesse pas de sculpter ta propre statue » (Ennéades, I, 6, 9, op. cit., p. 105). Dès lors, l'expérience du beau se confond avec une expérience métaphysique de sorte que le beau appliqué à un objet n'a de sens que dans une extension considérable impliquant pour le philosophe une autre forme de vie et ce que a pu nommer un exercice spirituel.

Jean-François Groulier


Bibliographie

Keyser Édouard de, La Signification de l'art dans les Ennéades de Plotin, Louvain, 1955.

Bourbon di Petrella Fiametta, Il Problema dell'arte et della bellezza in Plotino, Firenze, Le Monnier, 1956.

Hadot Pierre, Exercices spirituels et philosophie antique, Institut d'Études augustiniennes, 1987;
Plotin ou la simplicité du regard, Gallimard, 1997.

© Le Seuil / Dictionnaires le Robert, 2003.